La rentrée... quand on sait qu'on n'y sera pas!

Pour la très grande majorité d'entre vous, vous vivez vos derniers moments de vacances. Pour certains, l'excitation de retourner au travail commence à grimper alors que pour plusieurs autres, le stress de savoir si vous aurez un beau contrat prend de plus en plus de place dans votre esprit. En temps normal, j'entrerais dans la première catégorie; j'aurais hâte de remettre les pieds dans ma classe et de planifier l'année à venir avec mes collègues. Pourtant cette année, c'est à la maison que je vivrai ce grand moment, non sans avoir une petite boule d'émotion dans la gorge. Si vous nous suivez depuis un bout de temps, vous avez deviné que c'est Sarah, toujours en congé de maternité, qui vous écrit.


En mai dernier, je vous avais parlé de mon départ qui a finalement été beaucoup plus rapide que prévu. Vous avez été plusieurs à deviner que j'ai vécu difficilement ces derniers moments volés avec mes élèves et à m'encourager. Rassurez-vous, ce moment émotif a vite été oublié quand, deux semaines plus tard, j'ai donné naissance à mon garçon et que la vie de famille avec deux enfants et des nuits blanches m'a rattrapée! Et quelle chance j'ai eue de pouvoir revoir mes chers élèves avec mon Raphaël lors de l'avant-dernière journée d'école! Je ne remercierai jamais assez l'enseignante qui m'a remplacée de m'avoir laissé toute la place le temps de quelques heures et qui a littéralement transformé cet après-midi en fête. J'ai bouclé la boucle et j'ai pu commencer l'été de façon beaucoup plus sereine avec en ma possession des lettres écrites par mes grands.


Mon été n'a pas été synonyme de vacances, loin de là! Parce que tout nouveau parent le sait, congé parental ne rime pas du tout avec vacances. Je dois vous le dire, j'ai complètement décroché de l'école comme on dit. Mes enfants occupent tous mes moments et je chéris ceux-ci précieusement parce que, chaque jour, je me dis que c'est probablement la dernière fois que je vais avoir la chance de passer autant de temps avec eux. Oui, je sais c'est cliché de dire que la vie va trop vite, mais on dirait qu'à la naissance de chacun de mes enfants, elle s'est accélérée à une vitesse fulgurante.


Contrairement à mon premier congé de maternité, j'ai beaucoup moins pensé à l'école, probablement parce que, cette fois, je ne connaitrai pas mes nouveaux élèves à mon retour. Toutefois, on peut sortir l'enseignante de l'école, mais pas l'école de l'enseignante. Je vois ce que Pier-Ann et Alexandra font en vue de la rentrée et tout ce que les enseignants partagent sur différents groupes sur les réseaux sociaux et je ne peux m'empêcher de vous envier un peu. Comme je vous l'ai déjà dit, un milieu scolaire, c'est un milieu de vie. On ne se le cachera pas, un bébé, malgré toutes les joies qu'il apporte, ne remplacera jamais les rires et la complicité avec les adultes et surtout les amies avec qui on travaille au quotidien. Ce que j'aime de l'école, c'est l'aspect imprévisible de chaque journée. On travaille avec une vingtaine d'élèves qui font que chaque journée est pleine de surprises. À la maison aussi, mais on est davantage seule dans une routine et on a l'impression de faire les mêmes choses tous les jours. Et, pour tout cela, une partie de moi éprouve une petite déception de ne pas vivre ce renouveau.


De plus, qui dit nouvelle année, dit nouveaux contrats disponibles. Laisser sa classe c'est un peu comme prêter sa maison; on laisse entrer quelqu'un dans son univers, dans ses affaires et c'est difficile de lâcher complètement prise. À la fin de l'année, je connaissais bien la personne qui allait prendre ma classe. Avec la rentrée, j'attends fébrilement la séance d'affectation pour savoir qui commencera l'année dans ma classe. Même si je n'ai aucun contrôle là-dessus, je ne peux m'empêcher de me demander ce que cette personne mettra en place dans la classe, ce qu'elle fera de ce qui m'appartient, etc. Par contre, je laisse carte blanche à cette personne qui sera très certainement accueillie chaleureusement par mes collègues. Je me suis promis de m'approprier ma classe à mon retour seulement. C'est à suivre et je vous écrirai sûrement un article pour vous parler de ma rentrée scolaire quand l'année sera bien entamée. Parce que oui, c'est difficile de vivre une rentrée scolaire quand tout le monde a trouvé son erre d'aller, même avec le meilleur soutien au monde.


Beaucoup de personnes qui ne sont pas dans le milieu scolaire me demandent si je vais aller faire un tour à l'école la journée de la rentrée. Ces mêmes personnes sont toujours surprises de m'entendre dire non! Et ce n'est pas parce que je n'en ai pas envie! Par contre, par respect pour la personne qui me remplacera, je trouve important de la laisser s'intégrer comme un membre entier de l'équipe-école au déjeuner d'accueil, mais surtout pour que les élèves la perçoivent comme leur enseignante et non comme une remplaçante de quelques mois. Et même si ça fait toujours un pincement au coeur de se faire dire par un élève «Oui, mais avec... on ne faisait pas cela comme ça!», c'est important pour moi qu'ils aient la chance de créer une relation d'attachement avec quelqu'un qui partagera leur quotidien. Mais est-ce que je vais aller me présenter à cette personne et faire un coucou à mes collègues en début d'année? Sûrement!


Alors voilà! Je ne suis certainement pas la seule qui vit des sentiments plutôt mitigés face à la rentrée. En attendant de vivre ce moment, je vais continuer de profiter du temps que j'ai avec mes enfants avec plaisir parce que malgré tout l'amour que j'ai pour ma profession, rien n'aura jamais autant d'importance que ces deux petits êtres humains qui rendent ma vie tellement meilleure. Par contre, si l'envie de participer à la rentrée continue de prendre de l'ampleur, il n'est pas exclu que mes voisins me voient me promener avec ma poussette aux abords de mon école de quartier le 30 août au matin ne serait-ce que pour m'imprégner un peu de cette ambiance si particulière!


Bonne rentrée à vous tous!

Sarah :)

© 2018 par Trois filles et l'enseignement autrement.